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07/01/2007

Un pour tous...

Alexandre Dumas - Les trois mousquetaires / Vingt ans après

Finalement, il ne sera pas question aujourd'hui de L'histoire sans fin. Il y aurait trop de choses à dire en pas assez de temps.

Intéressons-nous plutôt aux Trois mousquetaires, ces héros mythiques et intemporels (n'ayons pas peur des mots, ils n'ont jamais mangé personne) de la littérature française. Ces héros qui n'étaient d'ailleurs pas trois, mais comme tout le monde le sait, quatre. Dumas aurait d'ailleurs écrit au responsable du journal Le siècle (dans lequel le roman est paru sous forme de feuilleton), en ces termes : "Mon cher ami. Je suis d'autant plus de votre avis d'appeler le roman : Les Trois Mousquetaires, que comme ils sont quatre, le titre sera absude, ce qui promet au roman le plus grand succès." Ma foi, hasard ou coïncidence, le bonhomme ne s'y était en tout cas pas trompé.

Il y a d'abord, bien sûr, le plus connu : d'Artagnan. Jeune Gascon aux airs de Don Quichotte, issu d'une famille de petite noblesse, il s'en va chercher fortune dans la capitale monté sur son vieux bidet jaune. (Pour ceux qui ne seraient pas au courant, tout ça se passe sous le règne de Louis XIII, c'est-à-dire juste avant Louis XIV, et juste après Henri IV. Vala.)

Arrivé à Paris, ce cher d'Artagnan ne tarde pas à rencontrer les fameux trois mousquetaires, qu'il ne manque pas de provoquer tout trois en duel, la faute à des broutilles qui n'auraient même pas été dignes d'être mentionnées, si seulement d'Artagnan avait été un peu moins prompt à se sentir offensé. (Quatre tournures négatives dans la même phrase, ça c'est du grand art.) C'est donc de cette manière un peu biscornue que commence une belle histoire d'amitié, toute pleine d'aventures, de coups de théâtre, de complots, de trahisons, de rebondissements, de batailles, de capes, d'épées, de chevaux au galop et de tous ces trucs jubilatoires qui font qu'un roman d'aventures est un roman d'aventures, et pas un livre de recettes de cuisine.

Mais il y a aussi ce petit quelque chose en plus qui rend Les trois mousquetaires absolument insurpassable. Les personnages, profondéments attachants, n'y sont pas pour rien : Artémis, le beau prêtre (oui, un prêtre mousquetaire, surprenant n'est-ce pas ?) ténébreux, mystérieux et ambigu qui entretient des relations avec toutes les grandes dames de France ; Porthos, le bon gros géant, dont la bravoure et la loyauté n'ont d'égale que la vanité ; et enfin, le personnage le plus intéressant de l'histoire, plus encore que d'Artagnan : Athos. Athos, que l'on devine de haute noblesse, qui noie dans le vin on ne sait trop quoi (on va finir par le savoir, mais pas tout de suite), un secret qui même pour un homme de sa grandeur semble trop lourd à porter. Certainement la personnalité la plus fouillée et la plus séduisante de toute la galerie de personnages campée par Dumas. (Accordons tout de même une pensée particulière et attendrie à Planchet, l'inénarrable valet de d'Artagnan.)

Et puis il y a le cadre historique aussi. Les aventures de d'Artagnan et ses amis sont profondément ancrées dans l'Histoire de France et font intervenir des tas de personnages historiques, plus ou moins arrangés à la sauce romanesque : Richelieu et Louis XIII, qui se plaisent à faire rivaliser leurs hommes (les mousquetaires, serviteurs du Roi, et les gardes, serviteurs du Cardinal), la reine Anne d'Autriche, qui jouera un rôle non négligeable... Mais c'est surtout dans Vingt ans après que le contexte historique est mis en exergue, puisque nos quatre amis à nouveau réunis se baladent entre la France et l'Angleterre, entre Louis XIV (qui a entretemps succédé à Louis XIII) et Charles Ier, mais aussi Mazarin, Cromwell et tant d'autres encore...

Vingt ans après, c'est une autre histoire. Une autre époque. Les quatre mousquetaires ont vieilli, chacun de leur côté. Beaucoup plus sombre et mélancolique, loin des folles cavalcades du premier opus, Vingt ans après n'en demeure pas moins profondément humain et captivant, remarquablement bien écrit et mené. On y apprend beaucoup, on y réfléchit beaucoup aussi. Et toujours triomphe, entre les quatre hommes, cette amitié indéfectible qui résiste à tout, et en particulier au temps. Les grands sentiments, on a beau dire, ça fait toujours de l'effet. Surtout sous la plume d'Alexandre Dumas, qui n'a pas son pareil pour conter l'héroïsme et l'aventure.

Les trois mousquetaires, Vingt ans après, deux énormes pavés qui s'avalent d'une traite, sans ennui, goulûment, jusqu'à plus soif ; et ces personnages, on les aime tellement que l'on ralentit sa lecture à mesure que la fin approche, pour retarder l'instant déchirant où, la dernière ligne achevée, il faudra les quitter.

Un pur chef d'oeuvre.

 

(PS : il existe une suite à Vingt ans après, intitulée Le vicomte de Bragelonne, vraisemblablement moins captivante puisque je n'en ai jamais achevé la lecture, ce à quoi il est toujours temps de remédier, remarquez.)