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22/02/2007

Through the windowpane

Charles Baudelaire - Les Fenêtres (in Petits poëmes en prose, 1863)

Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n'est pas d'objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu'une fenêtre éclairée d'une chandelle. Ce qu'on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.

Par delà des vagues de toits, j'aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec presque rien, j'ai refait l'histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.

Si c'eût été un pauvre vieux homme, j'aurais refait la sienne tout aussi aisément.

Et je me couche, fier d'avoir vécu et souffert dans d'autres que moi-même.

Peut-être me direz-vous: «Es-tu sûr que cette légende soit la vraie?» Qu'importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m'a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que suis?

Et paf.

Décidément, Baudelaire, on ne s'en lasse jamais. Figurez-vous que ce soir même, un (petit) immeuble qui vient d'être construit derrière chez moi a accueilli pour la première fois (ou pas, enfin on s'en fiche, en tout cas c'est la première fois que je les vois) quelques uns de ses habitants. A laissé pour la première fois une douce lumière orangée rayonner à travers ses fenêtres, encore dépourvues de rideaux. Juste un petit rectangle de lumière, parce que l'immeuble n'est quand même pas tout près. Ils étaient deux, deux petites silhouettes qui se découpaient en ombres chinoises sur le rectangle de lumière. Ils avaient l'air d'arranger des meubles, l'un des deux mettait en place un abat-jour. Ca allait et venait, ça bougeait dans tous les sens, bref, ça sentait le déménagement. Je les regardais depuis la fenêtre de ma chambre, je les ai même pris en photo (mais je ne suis pas très douée comme paparazzi). Ces gens, je ne les connais pas, évidemment. Mais ils me donnent un excellent sujet de divagation, plein de trucs à inventer : qui ils sont, comment ils vivent, ce qu'ils font dans la vie, ce qu'ils mangent, comment ils vont décorer leur appartement, est-ce qu'ils vont mettre des rideaux ? leurs habitudes, couche-tard, lève-tôt, peut-être qu'ils se disputent tout le temps, ou jamais, peut-être qu'ils reçoivent toujours plein de gens, ou jamais personne... J'espère que je ne les connaîtrai jamais, je ne veux rien savoir de tout ça, je veux juste pouvoir tout inventer.

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Mes nouveaux voisins (enfin, peut-être un peu trop loin pour mériter cette appellation mais tant pis.)

 

> Ecouter Through the Windowpane de Guillemots (et écoutez les autres chansons aussi, tant qu'à faire)

> Aller sur le site de Guillemots (parce qu'il vaut le coup d'oeil)

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23:02 04/03/2007 - Guyom

Marrant j'ai exactement le même genre de photos (:

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