Tel est pris qui croyait prendre
Tim Lott - L'affaire Seymour
Faisons d'une pierre deux coups. Soyons paresseux. Tant pis si ce texte ressemble plus à une critique qu'à un article de blog. On fait ce qu'on peut, hein. Et avec ce qu'on a.
Ne vous fiez pas à la couverture de ce livre. Ou plus exactement,
oubliez la marionnette qui apporte une touche de douceur, et portez
votre attention sur les ficelles qui la dirigent. Toute la
problématique de L’affaire Seymour
tient dans ces ficelles, à la fois guides et entraves. Les ficelles que
déploie le docteur Seymour, personnage central du roman, pour
surveiller sa famille. Et celles dont se sert l’auteur pour mieux nous
embobiner et nous mener par le bout du nez, jusqu’au dénouement. Qui,
comme de bien entendu, n’en est pas vraiment un.
Difficile de décrire brièvement L’affaire Seymour,
la faute à un procédé narratif plutôt original et assez déroutant pour
le lecteur. Tim Lott y relate une enquête effectuée sur un fait divers
qui semble avoir défrayé la chronique. Evidemment, il n’y a pas trace
de ce fait divers dans notre réalité. Mais Tim Lott ne s’adresse pas à
nous. Il s’adresse à des lecteurs qui savent tout du fait divers en
question. L’auteur ne prend donc pas la peine d’exposer les faits avant
d’entamer son enquête, puisque tout le monde est au courant. Nous voilà
donc réduits à glaner les informations en cours de route, à mesure que
l’enquête de Tim Lott (ou de son double) l’amène à reconstituer le fil
des événements. Heureusement, Tim Lott (le vrai) a fait en sorte
d’égrener les informations parcimonieusement, certes, mais
intelligemment, de manière à ce que le lecteur (le vrai, celui qui ne
sait rien !) se pose des questions, mais en apprenne suffisamment pour
ne pas être totalement perdu.
Voilà donc de quoi il s’agit : on apprend assez vite qu’un certain
Alex Seymour, médecin de son état, vraisemblablement en pleine crise
existentielle, a eu l’idée saugrenue d’installer des caméras dans sa
maison afin de pouvoir surveiller sa famille (à son insu, évidemment)
et rétablir, pense-t-il, l’ordre et le calme au sein de celle-ci. On
apprend également que cette machination ne s’est pas faite sans l’aide
d’une certaine Sherry Thomas, directrice du magasin de
vidéosurveillance Cyclope, où Alex Seymour s’est procuré les caméras.
Entre ces deux personnages se tisse alors une relation ambiguë, qui
mènera, à terme, à l’assassinat d’Alex Seymour. Tout l’intérêt du livre
réside alors dans la découverte de ce qui a bien pu se passer pour en
arriver là.
L’enquête de l’auteur, engagée à la demande de la veuve d’Alex
Seymour, qui souhaite réhabiliter la mémoire de son mari, se base
principalement sur la retranscription d’entretiens avec celle-ci et
avec différents autres protagonistes, mais aussi sur la description des
cassettes vidéos enregistrées par Alex Seymour et par Sherry Thomas. La
narration est factuelle, sèche, dénuée de toute fioriture. Comme il
l’indique au début de son livre, l’auteur cherche à décrire les faits
de la manière la plus neutre possible. Le style s’en ressent, et ce
n’est pas pour ses qualités purement littéraires que l’on prendra
plaisir à lire L’affaire Seymour. A vrai dire, on ne prend pas vraiment plaisir à lire L’affaire Seymour.
Bien que captivante et dotée d’un intérêt psychologique certain,
l’histoire de ces personnages tourmentés, qui semblent tous avoir
quelque chose à cacher, met mal à l’aise. Le thème du viol de
l’intimité est bien évidemment au centre du récit, et il est parfois
exploité avec une certaine cruauté. Cruauté dont aucun des personnages
(à part peut-être Alex Seymour) n’est complètement dénué. Mais ce qui
dérange le plus, c’est peut-être cette impression de normalité qui se
dégage à première vue de tous les personnages. Les petites névroses
dont souffre chacun, les petites disputes en famille, la crise de la
quarantaine, tous ces éléments anodins ne laissent absolument pas
présager un destin aussi tragique que celui que connaîtra la famille
Seymour, et rendent celui-ci encore plus saisissant.
Très actuel et ancré dans l’air du temps, ce roman de Tim Lott est
de ceux que l’on subit, inexorablement, jusqu’au bout. Que l’on dévore
avec autant d’assiduité que de dégoût, qu’on a envie d’abandonner à
chaque page mais qui nous tient en haleine, impitoyablement. Et c’est
tant mieux, car ne pas lire ce roman jusqu’à la fin, ce serait passer à
côté de la clef de toute l’histoire et d’une mise en abyme
vertigineuse, implacable, qui donne tout son sens à L’affaire Seymour… et que vous découvrirez vous-même, si vous vous laissez tenter par ce drôle de roman.
- Auryn
- 11:30
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