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    <title>la-marchande-de-nuages</title>
    <link>http://la-marchande-de-nuages.coin-lecture.com</link>
    <description>Blog sur les livres</description>
    <language>fr-FR</language><item>
        <title>"Nous espérions faire un peu glisser vos rêves, vous comprenez ?"</title>
        <link>http://la-marchande-de-nuages.coin-lecture.com/-nous-esperions-faire-un-peu-glisser-vos-reves-vous-comprenez--100.html</link>
        <description>  Erik Orsenna - Dernières nouvelles des oiseaux        Avec un titre, un auteur et une illustration de couverture comme ceux-là, c'était difficile de résister.          C'est une histoire. Une histoire qui parle d'oiseaux, un peu. Pas beaucoup. Une histoire qui parle surtout d'enfants, en fait. Et aussi d'adultes. Une histoire avec des dessins à l'intérieur, et des bouts de phrases écrits en plus gros, sûrement ceux qui revêtent une importance particulière, ceux qui sonnent le mieux, ceux dont l'auteur était le plus fier. Ecrire est un acte terriblement narcissique, quand on y pense. Et même quand on n'y pense pas.          Bref, bref, bref. Résumons, en tâchant de ne pas trop spoiler. Une histoire d'enfants, avec des oiseaux et des adultes. Ah oui, et une île. Bien, maintenant que le décor est planté, plus qu'à orner tout ce beau monde d'adjectifs qualificatifs et de subordonnées relatives. Des enfants qui ont une passion plus ou moins loufoque et qui ne pensent qu'à elle à longueur de journée. Des oiseaux... oisifs ? oiseux ? oiseleurs ? Bref, des oiseaux qui sont des oiseaux, mais en mieux. Des adultes, surtout deux, plutôt cocasses, très colorés, finalement beaucoup plus amusants que les adultes d'ici. Et puis une île... déserte. Vous avez déjà vu une histoire avec une île pas déserte, vous ? Bien. Toujours pas clair, ce résumé ? Ajoutons-lui des verbes, alors. Des enfants qui ont chacun une passion se retrouvent propulsés sur une île déserte par des adultes cocasses où ils seront épiés par des oiseaux. Nouzyvoilà. Notons que les oiseaux, malgré les apparences, ne jouent qu'un rôle mineur dans toute cette histoire. Quoique... Pas tout à fait.          Toujourzétil que lesdits enfants, absorbés qu'ils sont par leur passion, ne prêtent pas la moindre attention les uns aux autres. (Il faut préciser aussi que l'île n'est pas tout à fait déserte, elle dispose d'équipements tout à fait salubres et d'ateliers permettant aux enfants de s'adonner à leur marotte.) Ce que veut nous expliquer l'auteur avec un didactisme fort louable mais fortement appuyé, c'est que les passions isolent. Et parfois, les circonstances font que l'on est obligé de sortir de son isolement, et de mettre en commun les talents des uns et des autres pour se sortir d'une situation fâcheuse. Comme une tempête qui aurait coupé tout moyen de communication, par exemple ! Et c'est alors que commence une belle histoire d'entraide et d'amitié et... ah, non, pardon, pas tout de suite. Au début, c'est dur de s'entendre, surtout quand on a l'habitude de rester chacun dans son coin. Mais petit à petit, cahin caha, bon gré mal gré, bon an mal an (etc.) le projet prend forme et se développe, sous la houlette des deux adultes qui surveillent tout ce petit monde (bah oui ils les avaient pas lâchés tout seuls dans la nature les pauvres gosses quand même !) Il est donc temps de vous parler de ces deux adultes. La première, Mme McLennan, c'est un miracle ambulant. Elle joue du piano et porte des superpositions de vêtements de toutes les couleurs. Vous n'avez pas besoin d'en savoir plus. Le deuxième, Sir Alex, est un ancien entraîneur de foot malicieux et plein de ressources. Là aussi, inutile d'en dire plus.          Voilà voilà. A priori, rien de bien folichon, c'est très cliché et très rabâché tout ça, et puis la morale un peu gentillette suinte âprement. Et bien, oui. Mais l'auteur s'appelle Eirk Orsenna. Voilà. Erik Orsenna. La grammaire est une chanson douce (livre qu'il est criminel de ne pas avoir lu alors qu'on l'a sous le nez dans sa bibliothèque, petit rappel pour certains), Les chevaliers du subjonctif... Erik Orsenna, quoi. Cet auteur capable de vous transformer (presque) n'importe quelle historiette en une belle histoire remplie de poésie, de magie, de charme, de fantaisie et de douceur. C'est fou ce qu'on peut faire avec des mots, il suffit de bien les agencer entre eux, et quand on trouve exactement le bon agencement, ça fait comme de la magie, ça transforme la citrouille en carosse, et la petite histoire tristounette en conte de fées. Pour autant, il serait malhonnête de dire que Dernières nouvelles des oiseaux est le meilleur ouvrage d'Orsenna. Trop gnangnan pour pouvoir prétendre à ce titre. Et puis le procédé narratif bizarroïde (mi-omniscient, mi-interne), même s'il est justifié à la fin, est un peu dérangeant. Mais le tout est parsemé de jolies petites envolées lyriques fantastiques fantaisistes, et les dessins qui ponctuent le récit sont un régal pour les yeux.          Finalement, ce qui sauve cette histoire, c'est son côté totalement à côté de la plaque, un pied dans le réel, l'autre dans le merveilleux, cette juxtaposition de rêve et de pragmatisme, et cette gaieté qui transpire de partout, aussi. Merci Mme McLennan. Alors, un conseil : pour lire ce livre, laissez-vous aller au plaisir des mots et du rêve, et passez outre le côté moralisateur un peu facile. Ca vaut le coup de faire l'effort, malgré tout.          Un livre qui donne envie... de voler. Mais pas seulement.                  Je m'aperçois qu'il y a encore des milliers de choses à dire sur ce bouquin... Mais il faut s'avoir s'arrêter, parfois. Surtout quand l'heure de la visite du marchand de sable approche...     </description>
		<pubDate>Mon, 04 Jun 2007 22:27:00 GMT</pubDate>
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        <title>Juste une idée passe...</title>
        <link>http://la-marchande-de-nuages.coin-lecture.com/juste-une-idee-passe-99.html</link>
        <description>  Lecture en cours : Science of percussion instruments, par Thomas D. Rossing.      Emotion suscitée par la lecture en cours : néant.      Intérêt de la lecture en cours : faible (pour faire joli, il aurait fallu écrire "inexistant", mais il ne sera pas dit que le style aura prévalu sur l'honnêteté).       But de la lecture en cours : gagner quelques centaines de places à un concours où on a 1 chance sur 340 000 (mm/s, vitesse approximative du son dans l'air) d'être admissible.      Avantage de la lecture en cours : son but.       Inconvénient de la lecture en cours : son intérêt.             Raison d'être de ce billet et de son auteure : aucune.             Vitesse du son dans le vide : nulle.   </description>
		<pubDate>Sat, 26 May 2007 23:09:00 GMT</pubDate>
      </item><item>
        <title>Tel est pris qui croyait prendre</title>
        <link>http://la-marchande-de-nuages.coin-lecture.com/tel-est-pris-qui-croyait-prendre-94.html</link>
        <description>  Tim Lott - L'affaire Seymour      Faisons d'une pierre deux coups. Soyons paresseux. Tant pis si ce texte ressemble plus à une critique qu'à un article de blog. On fait ce qu'on peut, hein. Et avec ce qu'on a.             Ne vous fiez pas à la couverture de ce livre. Ou plus exactement,  oubliez la marionnette qui apporte une touche de douceur, et portez  votre attention sur les ficelles qui la dirigent. Toute la  problématique de L'affaire Seymour  tient dans ces ficelles, à la fois guides et entraves. Les ficelles que  déploie le docteur Seymour, personnage central du roman, pour  surveiller sa famille. Et celles dont se sert l'auteur pour mieux nous  embobiner et nous mener par le bout du nez, jusqu'au dénouement. Qui,  comme de bien entendu, n'en est pas vraiment un.      Difficile de décrire brièvement L'affaire Seymour,  la faute à un procédé narratif plutôt original et assez déroutant pour  le lecteur. Tim Lott y relate une enquête effectuée sur un fait divers  qui semble avoir défrayé la chronique. Evidemment, il n'y a pas trace  de ce fait divers dans notre réalité. Mais Tim Lott ne s'adresse pas à  nous. Il s'adresse à des lecteurs qui savent tout du fait divers en  question. L'auteur ne prend donc pas la peine d'exposer les faits avant  d'entamer son enquête, puisque tout le monde est au courant. Nous voilà  donc réduits à glaner les informations en cours de route, à mesure que  l'enquête de Tim Lott (ou de son double) l'amène à reconstituer le fil  des événements. Heureusement, Tim Lott (le vrai) a fait en sorte  d'égrener les informations parcimonieusement, certes, mais  intelligemment, de manière à ce que le lecteur (le vrai, celui qui ne  sait rien !) se pose des questions, mais en apprenne suffisamment pour  ne pas être totalement perdu.      Voilà donc de quoi il s'agit : on apprend assez vite qu'un certain  Alex Seymour, médecin de son état, vraisemblablement en pleine crise  existentielle, a eu l'idée saugrenue d'installer des caméras dans sa  maison afin de pouvoir surveiller sa famille (à son insu, évidemment)  et rétablir, pense-t-il, l'ordre et le calme au sein de celle-ci. On  apprend également que cette machination ne s'est pas faite sans l'aide  d'une certaine Sherry Thomas, directrice du magasin de  vidéosurveillance Cyclope, où Alex Seymour s'est procuré les caméras.  Entre ces deux personnages se tisse alors une relation ambiguë, qui  mènera, à terme, à l'assassinat d'Alex Seymour. Tout l'intérêt du livre  réside alors dans la découverte de ce qui a bien pu se passer pour en  arriver là.      L'enquête de l'auteur, engagée à la demande de la veuve d'Alex  Seymour, qui souhaite réhabiliter la mémoire de son mari, se base  principalement sur la retranscription d'entretiens avec celle-ci et  avec différents autres protagonistes, mais aussi sur la description des  cassettes vidéos enregistrées par Alex Seymour et par Sherry Thomas. La  narration est factuelle, sèche, dénuée de toute fioriture. Comme il  l'indique au début de son livre, l'auteur cherche à décrire les faits  de la manière la plus neutre possible. Le style s'en ressent, et ce  n'est pas pour ses qualités purement littéraires que l'on prendra  plaisir à lire L'affaire Seymour. A vrai dire, on ne prend pas vraiment plaisir à lire L'affaire Seymour.  Bien que captivante et dotée d'un intérêt psychologique certain,  l'histoire de ces personnages tourmentés, qui semblent tous avoir  quelque chose à cacher, met mal à l'aise. Le thème du viol de  l'intimité est bien évidemment au centre du récit, et il est parfois  exploité avec une certaine cruauté. Cruauté dont aucun des personnages  (à part peut-être Alex Seymour) n'est complètement dénué. Mais ce qui  dérange le plus, c'est peut-être cette impression de normalité qui se  dégage à première vue de tous les personnages. Les petites névroses  dont souffre chacun, les petites disputes en famille, la crise de la  quarantaine, tous ces éléments anodins ne laissent absolument pas  présager un destin aussi tragique que celui que connaîtra la famille  Seymour, et rendent celui-ci encore plus saisissant.      Très actuel et ancré dans l'air du temps, ce roman de Tim Lott est  de ceux que l'on subit, inexorablement, jusqu'au bout. Que l'on dévore  avec autant d'assiduité que de dégoût, qu'on a envie d'abandonner à  chaque page mais qui nous tient en haleine, impitoyablement. Et c'est  tant mieux, car ne pas lire ce roman jusqu'à la fin, ce serait passer à  côté de la clef de toute l'histoire et d'une mise en abyme  vertigineuse, implacable, qui donne tout son sens à L'affaire Seymour... et que vous découvrirez vous-même, si vous vous laissez tenter par ce drôle de roman.  </description>
		<pubDate>Sun, 13 May 2007 11:30:00 GMT</pubDate>
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        <title>Requiem, la suite</title>
        <link>http://la-marchande-de-nuages.coin-lecture.com/requiem-la-suite-83.html</link>
        <description>  Voilà. Samedi 28 avril, achat et lecture du tome 2 de Requiem chevalier vampire, Danse macabre de son petit nom.      Et toujours ce mélange de fascination et d'horreur, d'attirance et de répulsion, peut-être même encore plus accentué que dans le premier tome. Vraiment étrange. Les personnages sont infâmes, les situations atroces, et pourtant il y a un je ne sais quoi qui donne envie de lire, peut-être une espèce de curiosité malsaine, et puis bon, l'histoire en elle-même quoi. Et puis malgré tout, le dessin, vraiment trop beau. Avoir réussi à rendre belle une telle laideur, c'est un sacré tour de force, moi je dis. Un tour de force qui a de quoi mettre drôlement mal à l'aise.       Et puis cette Claudia, une vraie tête à claques celle-là. Grrr.   </description>
		<pubDate>Sat, 28 Apr 2007 17:26:00 GMT</pubDate>
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        <title>La Sauvage</title>
        <link>http://la-marchande-de-nuages.coin-lecture.com/la-sauvage-69.html</link>
        <description>  La musique reprend à côté. Elle a fait une caresse à la belle robe blanche, un geste inachevé... Elle murmure, tournée vers le salon où joue Florent comme si elle avait encore beaucoup de choses à dire.      Tu sais...      Mais elle se détourne brusquement et s'enfonce dans la nuit. La belle robe de mariée reste seule, blancheur éblouissante dans l'ombre. Hartman est apparu sans qu'on s'en aperçoive en haut des marches. Il a regardé s'en aller Thérèse sans un mot. Un silence. Il doit la suivre du regard là-bas à travers les vitres, dans la nuit du parc. Il murmure enfin :       Et elle part, toute menue, dure et lucide, pour se cogner partout dans le monde...      La musique s'affirme à côté.             FIN DE LA SAUVAGE  </description>
		<pubDate>Mon, 02 Apr 2007 20:57:00 GMT</pubDate>
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        <title>*teaser* Madame Bovary</title>
        <link>http://la-marchande-de-nuages.coin-lecture.com/teaser-madame-bovary-68.html</link>
        <description>  Quelques extraits du livre en attendant un billet un peu plus complet (qui ne viendra peut-être jamais) :      (Edgar-Lagardy dans l'opéra Lucia di Lammermoor :) "Dès la première scène, il enthousiasma. Il pressait Lucie dans ses bras, il la quittait, il revenait, il semblait désespéré : il avait des éclats de colère, puis des râles élégiaques d'une douceur infinie, et les notes s'échappaient de son cou nu, pleines de sanglots et de baisers. Emma se penchait pour le voir, égratignant avec ses ongles le velours de sa loge. Elle s'emplissait le coeur de ces lamentations mélodieuses qui se traînaient à l'accompagnement des contrebasses, comme des cris de naufragés dans le tumulte d'une tempête. Elle reconnaissait tous les enivrements et les angoisses dont elle avait manqué mourir. La voix de la chanteuse ne lui semblait être que le retentissement de sa conscience, et cette illusion qui la charmait, quelque chose même de sa vie."      "La lune, toute ronde et couleur de pourpre, se levait à ras de terre, au fond de la prairie. Elle montait vite entre les branches des peupliers, qui la cachaient de place en place, comme un rideau noir, troué. Puis elle parut, éclatante de blancheur, dans le ciel vide qu'elle éclairait ; et alors, se ralentissant, elle laissa tomber sur la rivière une grande tache, qui faisait une inifinité d'étoiles ; et cette lueur d'argent semblait s'y tordre jusqu'au fond, à la manière d'un serpent sans tête couvert d'écailles lumineuses. Cela ressemblait aussi à quelque monstrueux candélabre, d'où ruisselaient, tout du long, des gouttes de diamant en fusion."              "[...] comme si la plénitude de l'âme ne débordait pas quelquefois par les  métaphores les plus vides, puisque personne, jamais, ne peut donner  l'exacte mesure de ses besoins, ni de ses conceptions, ni de ses  douleurs, et que la parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous  battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait  attendrir les étoiles."    </description>
		<pubDate>Wed, 14 Mar 2007 18:18:00 GMT</pubDate>
      </item><item>
        <title>Les petites filles maigres vont-elles au paradis ?</title>
        <link>http://la-marchande-de-nuages.coin-lecture.com/les-petites-filles-maigres-vont-elles-au-paradis--67.html</link>
        <description>  "J'ai lu il y a quelques semaines, qu'un danseur connu était venu sur la falaise entre Ault et le Tréport...      Et il s'est jeté...      C'est bizarre comme dernière danse, tu ne trouves pas ?      - Hmm      Tu sais... Moi, la danse... C'est pas trop mon truc..."        (Cliquer sur l'image pour l'agrandir. Aller voir sur krinein pour la critique.)       Ludovic Debeurme - Lucille   </description>
		<pubDate>Mon, 05 Mar 2007 21:14:00 GMT</pubDate>
      </item><item>
        <title>Asking for the moon...</title>
        <link>http://la-marchande-de-nuages.coin-lecture.com/asking-for-the-moon-66.html</link>
        <description>  Ah la la. Vraiment pas le temps de m'occuper de ce pauvre petit blog en ce moment.      Allez, un petit poème de Baudelaire pour faire un peu de remplissage (du remplissage de luxe, quand même !) :      Baudelaire - Tristesses de la lune (in Les fleurs du mal, Spleen et Idéal, 1857)      Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse;  Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,  Qui d'une main distraite et légère caresse  Avant de s'endormir le contour de ses seins,    Sur le dos satiné des molles avalanches,  Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,  Et promène ses yeux sur les visions blanches  Qui montent dans l'azur comme des floraisons.    Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,  Elle laisse filer une larme furtive,  Un poëte pieux, ennemi du sommeil,    Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,  Aux reflets irisés comme un fragment d'opale,  Et la met dans son coeur loin des yeux du soleil.             Et pour les malheureux qui n'aimeraient pas les vers (et pour les autres aussi) :      Baudelaire - Les bienfaits de la lune (in Petits poëmes en prose, 1863)      La Lune, qui est le caprice même, regarda par la fenêtre pendant que tu dormais dans ton berceau, et se dit : «Cette enfant me plaît.»      Et elle descendit moelleusement son escalier de nuages et passa sans bruit à travers les vitres. Puis elle s'étendit sur toi avec la tendresse souple d'une mère, et elle déposa ses couleurs sur ta face. Tes prunelles en sont restées vertes, et tes joues extraordinairement pâles. C'est en contemplant cette visiteuse que tes yeux se sont si bizarrement agrandis; et elle t'a si tendrement serrée à la gorge que tu en as gardé pour toujours l'envie de pleurer.      Cependant, dans l'expansion de sa joie, la Lune remplissait toute la chambre comme une atmosphère phosphorique, comme un poison lumineux; et toute cette lumière vivante pensait et disait: «Tu subiras éternellement l'influence de mon baiser. Tu seras belle à ma manière. Tu aimeras ce que j'aime et ce qui m'aime: l'eau, les nuages, le silence et la nuit; la mer immense et verte; l'eau informe et multiforme; le lieu où tu ne seras pas; l'amant que tu ne connaîtras pas; les fleurs monstrueuses; les parfums qui font délirer; les chats qui se pâment sur les pianos, et qui gémissent comme les femmes, d'une voix rauque et douce!      «Et tu seras aimée de mes amants, courtisée par mes courtisans. Tu seras la reine des hommes aux yeux verts dont j'ai serré aussi la gorge dans mes caresses nocturnes; de ceux-là qui aiment la mer, la mer immense, tumultueuse et verte, l'eau informe et multiforme, le lieu où ils ne sont pas, la femme qu'ils ne connaissent pas, les fleurs sinistres qui ressemblent aux encensoirs d'une religion inconnue, les parfums qui troublent la volonté, et les animaux sauvages et voluptueux qui sont les emblèmes de leur folie.»      Et c'est pour cela, maudite chère enfant gâtée, que je suis maintenant couché à tes pieds, cherchant dans toute ta personne le reflet de la redoutable Divinité, de la fatidique marraine, de la nourrice empoisonneuse de tous les lunatiques.               Beethoven, Sonate au clair de lune (Moonlight sonata), premier mouvement : Adagio sostenuto (clic droit, enregistrer sous)       Anathema - Parisienne Moonlight  </description>
		<pubDate>Sat, 03 Mar 2007 23:03:00 GMT</pubDate>
      </item><item>
        <title>Grinta</title>
        <link>http://la-marchande-de-nuages.coin-lecture.com/grinta-65.html</link>
        <description>  "Impose ta chance  Serre ton bonheur  Et va vers ton risque;      A te regarder, ils s'habitueront."      René Char             Toujours là, accrochée bien en évidence au-dessus du bureau, cette petite phrase griffonnée sur un vieux bout de papier jauni par les années. Toujours là, même si on l'oublie parfois un peu. Et toujours aussi porteuse de sens.  </description>
		<pubDate>Sun, 25 Feb 2007 16:57:00 GMT</pubDate>
      </item><item>
        <title>Through the windowpane</title>
        <link>http://la-marchande-de-nuages.coin-lecture.com/through-the-windowpane-64.html</link>
        <description>  Charles Baudelaire - Les Fenêtres (in Petits poëmes en prose, 1863)      Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n'est pas d'objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu'une fenêtre éclairée d'une chandelle. Ce qu'on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.      Par delà des vagues de toits, j'aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec presque rien, j'ai refait l'histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.      Si c'eût été un pauvre vieux homme, j'aurais refait la sienne tout aussi aisément.      Et je me couche, fier d'avoir vécu et souffert dans d'autres que moi-même.      Peut-être me direz-vous: «Es-tu sûr que cette légende soit la vraie?» Qu'importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m'a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que suis?      Et paf.      Décidément, Baudelaire, on ne s'en lasse jamais. Figurez-vous que ce soir même, un (petit) immeuble qui vient d'être construit derrière chez moi a accueilli pour la première fois (ou pas, enfin on s'en fiche, en tout cas c'est la première fois que je les vois) quelques uns de ses habitants. A laissé pour la première fois une douce lumière orangée rayonner à travers ses fenêtres, encore dépourvues de rideaux. Juste un petit rectangle de lumière, parce que l'immeuble n'est quand même pas tout près. Ils étaient deux, deux petites silhouettes qui se découpaient en ombres chinoises sur le rectangle de lumière. Ils avaient l'air d'arranger des meubles, l'un des deux mettait en place un abat-jour. Ca allait et venait, ça bougeait dans tous les sens, bref, ça sentait le déménagement. Je les regardais depuis la fenêtre de ma chambre, je les ai même pris en photo (mais je ne suis pas très douée comme paparazzi). Ces gens, je ne les connais pas, évidemment. Mais ils me donnent un excellent sujet de divagation, plein de trucs à inventer : qui ils sont, comment ils vivent, ce qu'ils font dans la vie, ce qu'ils mangent, comment ils vont décorer leur appartement, est-ce qu'ils vont mettre des rideaux ? leurs habitudes, couche-tard, lève-tôt, peut-être qu'ils se disputent tout le temps, ou jamais, peut-être qu'ils reçoivent toujours plein de gens, ou jamais personne... J'espère que je ne les connaîtrai jamais, je ne veux rien savoir de tout ça, je veux juste pouvoir tout inventer.        Mes nouveaux voisins (enfin, peut-être un peu trop loin pour mériter cette appellation mais tant pis.)              Ecouter Through the Windowpane de Guillemots (et écoutez les autres chansons aussi, tant qu'à faire)       Aller sur le site de Guillemots (parce qu'il vaut le coup d'oeil)   </description>
		<pubDate>Thu, 22 Feb 2007 20:24:00 GMT</pubDate>
      </item><item>
        <title>Et les éclats, et les orages, et les silences, tous les silences...</title>
        <link>http://la-marchande-de-nuages.coin-lecture.com/et-les-eclats-et-les-orages-et-les-silences-tous-les-silences-63.html</link>
        <description>  Jean Anouilh - Antigone        Le prologue               Antigone, c'est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit  rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu'elle va  être Antigone tout à l'heure, qu'elle va surgir soudain de la maigre  jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux  dans la famille et se dresser seule en face du monde, seule en face de  Créon, son oncle, qui est le roi. Elle pense qu'elle va mourir, qu'elle  est jeune et qu'elle aussi, elle aurait bien aimé vivre. Mais il n'y a  rien à faire. Elle s'appelle Antigone et il va falloir qu'elle joue son  rôle jusqu'au bout...              Le choeur               Et puis, surtout, c'est reposant, la tragédie, parce qu'on sait qu'il n'y a plus d'espoir, le sale espoir ; qu'on est pris, qu'on est enfin pris comme un rat, avec tout le ciel sur son dos, et qu'on n'a plus qu'à crier, - pas à gémir, non, pas à se plaindre, - à gueuler à pleine voix ce qu'on avait à dire, qu'on n'avait jamais dit et qu'on ne savait peut-être même pas encore. Et pour rien : pour se le dire à soi, pour l'apprendre, soi. Dans le drame, on se débat parce qu'on espère en sortir. C'est ignoble, c'est utilitaire. Là, c'est gratuit. C'est pour les rois. Et il n'y a plus rien à tenter, enfin !              Créon              Pour dire oui, il faut suer et retrousser ses manches, empoigner la vie à pleines mains et s'en mettre jusqu'aux coudes. C'est facile de dire non, même si on doit mourir. Il n'y a qu'à ne pas bouger et attendre. Attendre pour vivre, attendre même qu'on vous tue. C'est trop lâche. C'est une invention des hommes.              Antigone               Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu'ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n'est pas trop exigeant. Moi, je veux tout, tout de suite, - et que ce soit entier - ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite - ou mourir.              [...]              Nous sommes de ceux qui posent les questions jusqu'au bout. Jusqu'à ce qu'il ne reste vraiment plus la petite chance d'espoir vivante, la plus petite chance d'espoir à étrangler. Nous sommes de ceux qui lui sautent dessus quand ils le rencontrent, votre espoir, votre cher espoir, votre sale espoir !              [...]              C'est terrible, maintenant, à côté de cet homme, je ne sais plus pourquoi je meurs. J'ai peur...              L'a-t-elle jamais su, pourquoi elle devait mourir ?      Antigone, personnage de fiction ? Ou caricature tellement vraie, tellement cinglante de ce que l'on croit être au plus profond de soi-même, miroir qui te renvoie sans ménagements ton image, distordue par la fiction, que dans ton orgueil démesuré tu croyais unique et qui est là, pourtant, décrite par la plume d'un écrivain qui ne t'a jamais connue, et qui pourtant te connaît si bien. Ah, la belle affaire, de se croire différente et de se retrouver si facilement dans la prose d'un parfait étranger. Cinglant retour à la réalité : tu n'es pas autre, tu n'es pas meilleure (ça au moins ce n'est pas une surprise), mais tu ne peux même pas prétendre être pire, tu n'es qu'une parmi d'autres, mêmes espoirs, mêmes questions sans réponses, mêmes révoltes, même lâcheté aussi. Mêmes réactions démesurées, même violence dans les propos, et puis finalement rien, du vide, à tel point qu'on ne sait même plus pourquoi on meurt, pourquoi on pleure, pourquoi on revendique ni qu'est-ce qu'on revendique (le droit d'exister, peut-être ? c'est tellement banal). Du vide, rien d'autre que du vide, un trou béant qui s'installe et qui prend, tout doucement, de plus en plus de place.  </description>
		<pubDate>Fri, 16 Feb 2007 23:07:00 GMT</pubDate>
      </item><item>
        <title>A place nearby</title>
        <link>http://la-marchande-de-nuages.coin-lecture.com/a-place-nearby-62.html</link>
        <description>  I entered the room sat by your bed all through the night I watched your daily fight I hardly knew The pain was almost more than I could bear and still I hear your last words to me      Heaven is a place nearby so I won't be so far away And if you try and look for me maybe you'll find me someday Heaven is a place nearby so there's no need to say goodbye I wanna ask you not to cry I'll always be by your side      You just faded away you spread your wings you had flown Away to something unknown wish I could bring you back You're always on my mind about to tear myself apart You have your special place in my heart Always      Heaven is a place nearby so I won't be so far away And if you try and look for me maybe you'll find me someday Heaven is a place nearby so there's no need to say goodbye I wanna ask you not to cry I'll always be by your side      And even when I go to sleep I still can hear your voice and those words I never will forget      Heaven is a place nearby so I won't be so far away And if you try and  look for me maybe you'll find me someday Heaven is a place nearby so  there's no need to say goodbye I wanna ask you not to cry I'll always  be by your side             [Aucun commentaire ne sera validé pour ce billet. (Non, ce n'était pas une parole en l'air.)]   </description>
		<pubDate>Mon, 12 Feb 2007 00:01:00 GMT</pubDate>
      </item><item>
        <title>Lu elga deciso de far el più perfeto dei violonceli</title>
        <link>http://la-marchande-de-nuages.coin-lecture.com/lu-elga-deciso-de-far-el-piu-perfeto-dei-violonceli-61.html</link>
        <description>  Claude et Frédéric Clément - Le luthier de Venise                   Encore un livre d'images, presque un livre d'art tellement les illustrations  sont magnifiques et font rêver. L'histoire reprend tout simplement le mythe de  l'instrument parfait (ici, un violoncelle) longuement façonné par un luthier qui en fait  l'oeuvre de sa vie, un instrument magique dont seul un "élu" saura  exploiter le fabuleux potentiel. Le cadre de Venise se prête  évidemment très bien au déroulement de cette histoire, et les dessins  non seulement accompagnent le texte avec justesse, mais le magnifient,  transformant cette simple histoire - poétique mais plutôt  conventionnelle - en un conte animé d'un véritable souffle magique.                            Le site officiel de Frédéric Clément, le dessinateur (site très moche au demeurant, et ego tellement surdimensionné qu'on se demande comment un type pareil peut pondre des dessins aussi magnifiques)      PS : pour ceux qui se seraient posé la question, le titre de ce billet est en italien-vénitien, pas en vrai italien, et signifie "il décida de fabriquer le plus parfait des violoncelles".   </description>
		<pubDate>Sun, 11 Feb 2007 00:12:00 GMT</pubDate>
      </item><item>
        <title>Attention, antiquité</title>
        <link>http://la-marchande-de-nuages.coin-lecture.com/attention-antiquite-60.html</link>
        <description>  La toute première critique littéraire de la marchande de nuages ! C'est émouvant... (et perfectible.)      Didier Decoin - Madame Seyerling       Antoine Dessangles, écrivain, a décidé de ne plus écrire. A  cause d'un canard finlandais. Ou des feuilles de hêtre. Au fond, peu importe.  Antoine veut se consacrer entièrement à sa collection d'après ; collection  d'instants curieux, émouvants, parfois tristes, et même tragiques, qui suivent  une situation, un événement, un moment de la vie. Avec une certaine allégresse,  Antoine Dessangles ment. Il ment à sa femme, à son éditeur, à ses lecteurs.  Personne ne connaît son secret. Une collection d'après ne se partage pas  facilement.      Dans sa recherche d'après toujours « croustillants »,  Antoine sera fortement ébranlé par sa rencontre avec Madame Seyerling, vieille  femme noire dont la fille a été exécutée pour meurtre.       D'un style tranchant, enlevé, Didier Decoin nous conte  l'histoire d'un écrivain fatigué, mais à l'imagination toujours fertile, qui  dans son for intérieur ne peut pas se résoudre à s'arrêter.       Grâce à de courtes phrases incisives, parfois nominales,  Didier Decoin nous fait ressentir à merveille les émotions de son héros, que  l'on ne peut s'empêcher d'assimiler à Decoin lui-même. L'auteur, du reste, ne  nie pas la coïncidence.       A travers les yeux d'Antoine Dessangles, Didier Decoin dresse  un portrait corrosif de notre société, sans se départir de sa sensibilité ni  d'une certaine humanité.       Cette facilité déconcertante qu'il a de jongler entre ses  différentes formes de discours, les nombreuses allusions à nos cinq sens, font  du dernier ouvrage de Didier Decoin un roman avant tout plein d'émotions  et  de sentiments, qui ne laisse pas le  lecteur insensible.       Espérons que Didier Decoin ne suivra pas l'exemple d'Antoine  Dessangles, et ne cessera pas d'écrire avant longtemps.      LMDN,  un beau jour de septembre 2002.      --------------------      4 ans et des poussières plus tard, qu'ajouter ? Pas grand chose, si ce n'est que certains passages de ce bouquin restent gravés dans ma mémoire comme des références, d'un point de vue purement esthétique. Oh ce n'est pas aussi complexe et rigoureux que Proust, pas aussi beau et fluide que Flaubert, mais il y a quelque chose, un je ne sais quoi qui fait mouche. Jugez par vous-même :      J'ai pris la décision de ne plus écrire en regardant un film finlandais, couleurs délavées, rythme lambin. C'était très tard, une nuit sur Arte. A un moment donné, dans ce film, une fermière attrape un canard. Lui allonge le cou sur une bûche, le décapite. Le canard se sauve en battant des ailes. La fermière indifférente. Des volutes de brume bleue comme des foulards bleus autour des sapins bleus sur les collines bleues. C'est très finlandais, tout ce bleu. En France, on aurait donné à la scène une dominante de rouge - non ? Le décapité fait le tour de la cour de ferme, se faufile sous une charrue. Baissant ce qui lui reste de cou comme s'il avait peur de se cogner la tête qu'il n'a plus. Esccalade un tas de purin, en redescend, toujours ses ailes battant follement, un bruit détestable de papillon énorme et répugnant sous un abat-jour genre parchemin. Se cogne contre un mur. Privé d'yeux, n'a pas vu l'obstacle. Ne comprend pas. S'obstine à vouloir passer quand même.Court à droite, court à gauche. Cherche une issue. Stupide et poignant. La basse-cour qui continue de vaquer à ses minables petites occupations : becqueter, chier, becqueter, chier. La fermière, les autres volatiles, le spectateur du film, tout le monde sait que le canard est mort. Pas lui, devant son mur qu'il arrose du sang giclant en fontaine de son cou, éclaboussant ce mur de petits idéogrammes rouges qui ne signifient rien.  Le syndrome du canard finlandais en littérature. Je suis un canard finlandais. La tête toujours vissée sur les épaules, tête d'écrivain avec encore pas mal d'allure sur les photos, mais il suffirait de la retourner comme un gant pour voir qu'à l'intérieur c'est une tête fripée, sèche et vide.  C'est comme les feuilles de hêtre. Je n'aime pas les feuilles de hêtre qui demeurent accrochées à l'arbre tout l'hiver. Tenaces, mais raides mortes. Insensibles au vent, à la pluie, à la neige, au soleil d'avril. Car elles sont toujours là en avril, crissantes, racornies, beige poussière, alors que tout le reste s'enhardit, enfilant ses petits doigts dans des gants de velours vert. Pourquoi ne tombent-elles pas comme les autres feuilles ? A quoi rime cette exhibition morbide ? Qu'est-ce que les hêtres essayent de prouver ? Si leurs feuilles étaient souples, charnues, vernissées comme celles des sapins, à la rigueur on pourrait avoir des pensées d'éternité. Mais devant cet étalage de momies plates, ces tranches de vieux jambon végétal, ces bouclettes desséchées, que faut-il penser ?  Ne pas insister, ne pas lasser. Les obstinés finissent par passer pour des obsédés. Trop d'écrivains sont des canards tronçonnés. Trop de romanciers des fuilles de hêtre. Trop de gens ne veulent pas finir. Moi si. Je n'écrirai plus.      Drôle de mise en abîme, un écrivain qui écrit qu'il n'écrira plus. Commencer son livre par l'affirmation qu'on n'écrira plus jamais, il fallait y penser.        Madame Seyerling se lit vite, facilement et avec plaisir, et rien que ça, c'est déjà énorme. Le genre de bouquins qu'on lit plus pour se distraire que pour construire des théories complexes sur le sens de la vie et tous ces trucs qui finissent par fatiguer, à la longue, parce qu'on n'y trouve jamais de réponse satisfaisante.  </description>
		<pubDate>Sat, 10 Feb 2007 21:24:00 GMT</pubDate>
      </item><item>
        <title>Swan(n) Song</title>
        <link>http://la-marchande-de-nuages.coin-lecture.com/swann-song-52.html</link>
        <description>  Proust - Un amour de Swann      En guise de préambule, un magnifique extrait du livre en question :       L'année précédente, dans une soirée, [Swann] avait entendu une oeuvre musicale exécutée au piano et au violon. D'abord, il n'avait goûté que la qualité matérielle des sons sécrétés par les instruments. Et ç'avait déjà été un grand plaisir, quand au-dessous de la petite ligne du violon mince, résistante, dense et directrice, il avait vu tout d'un coup chercher à s'élever en un clapotement liquide, la masse de la partie de piano, multiforme, indivise, plane et entrechoquée comme la mauve agitation des flots que charme et bémolise le clair de lune. Mais à un moment donné, sans pouvoir nettement distinguer un contour, donner un nom à ce qui lui plaisait, charmé tout d'un coup, il avait cherché à recueillir la phrase ou l'harmonie - il ne savait lui-même - qui passait et qui lui avait ouvert plus largement l'ame, comme certaines odeurs de roses circulant dans l'air humide du soir ont la propriété de dilater nos narines. Peut-être est-ce parce qu'il ne savait pas la musique qu'il avait pu éprouver une impression aussi confuse, une de ces impressions qui sont peut-être pourtant les seules purement musicales, inétendues, entièrement originales, irréductibles à tout autre ordre d'impressions. Une impression de ce genre pendant un instant, est pour ainsi dire sine materia. Sans doute, les notes que nous entendons alors, tendent déjà, selon leur hauteur et leur quantité, à couvrir devant nos yeux des surfaces de dimensions variées, à tracer des arabesques, à nous donner des sensations de largeur, de ténuité, de stabilité, de caprice. Mais les notes sont évanouies avant que ces sensations soient assez formées en nous pour ne pas être submergées par celles qu'éveillent déjà les notes suivantes ou même simultanées. Et cette impression continuerait à envelopper de sa liquidité et de son fondu les motifs qui par instants en émergent, à peine discernables, pour plonger aussitôt et disparaître, connus seulement par le plaisir particulier qu'ils donnent, impossibles à décrire, à se rappeler, à nommer, ineffables - si la mémoire, comme un ouvrier qui travaille à établir des fondations durables au milieu des flots, en fabriquant pour nous des fac-similés de ces phrases fugitives, ne nous permettait de les comparer à celles qui leur succèdent et de les différencier. Ainsi à peine la sensation délicieuse que Swann avait ressentie était-elle expirée, que sa mémoire lui en avait fourni séance tenante une transcription sommaire et provisoire, mais sur laquelle il avait jeté les yeux tandis que le morceau continuait, si bien que quand la même impression était tout d'un coup revenue, elle n'était déjà plus insaisissable. Il s'en représentait l'étendue, les groupements symétriques, la graphie, la valeur expressive ; il avait devant lui cette chose qui n'est plus de la musique pure, qui est du dessin, de l'architecture, de la pensée, et qui permet de se rappeler la musique.      Impressionnant, n'est-ce pas ? Impressionnant de maîtrise, de clarté, de lucidité, de finesse, de poésie, bref, impressionnant. Et oui, tout le livre est comme ça. Non seulement Un amour de Swann, mais l'oeuvre dont est extrait ce livre : A la recherche du temps perdu, l'oeuvre cathédrale de Marcel Proust. Un énoooooorme bouquin, divisé lui-même en plusieurs volumes, dont Un amour de Swann n'est qu'un infime chapitre de rien du tout.      Loin de moi l'idée de recopier ici mes cours de français (qui n'intéressent selon toute vraisemblance qu'une infime minorité des individus étranges qui peuplent les classes prépa scientifiques) : ça risquerait d'ennuyer tout le monde.      Simplement quelques mots sur le génie proustien (n'ayons pas peur de l'affirmer haut et fort, Proust était bel et bien un génie. Pour avoir pondu des textes comme celui-là, il faut avoir été un génie, c'est indubitable.) Oui, donc, en quelques mots : ce qui frappe dès les premières lignes, chez Proust, ce sont ses phrases interminables, son style qui nous apparaît d'abord complètement biscornu, à nous misérables mortels dont la grammaire, réduite à sa plus simple expression, est aussi pauvre et étriquée qu'un vieux bouquet de fleurs fané et rabougri. Mais à y regarder de plus près, ce n'est pas biscornu, pas du tout, c'est tout simplement époustouflant de précision. C'est syntaxiquement irréprochable. Et par voie de conséquence, le plaisir que procure la lecture de Proust est proportionnel à la difficulté qu'on éprouve à le déchiffrer : difficulté dont l'auteur n'est pas responsable, puisque ses phrases sont parfaites, mais dont nous, lecteurs paresseux trop habitués aux phrases chocs et aux slogans lapidaires, ne sommes pas fichus de nous extirper. Ca fait donc d'autant plus plaisir quand on y arrive. cqfd.       A part ça, évidemment, c'est très beau, et évidemment, il ne se passe pas grand chose tout au long de ces 250 pages. Ou plutôt si, il s'y passe beaucoup de choses, mais tout est localisé dans la tête de Swann. Fans d'action, feux d'artifice et explosions partout, passez votre chemin. Là, il n'est question que de l'histoire d'amour (archi-ratée) entre Charles Swann et Odette de Crécy (quelle nouille celle-là, vraiment), de jalousie, de tourments et de passion (simulée ou non). C'est très sentimental tout ça, mais le plus intéressant reste cette capacité qu'a Proust à dépeindre les sentiments les plus complexes, les émotions les plus abstraites, des choses sur lesquelles il semble pourtant impossible de mettre des mots. Et bien lui, il y arrive. On ne sait pas vraiment comment, mais il y arrive.      Proust a également un don pour brosser des portraits extraordinairement fins et subtils de ses personnages : son analyse des comportements humains et la retranscription qu'il en donne font preuve d'une telle justesse que c'en est affolant. Son analyse de la musique aussi d'ailleurs est affolante de vérité (cf le passage retranscrit ci-dessus, mais ne croyez pas que ce soit le seul où il soit question de musique ou plus généralement, d'art.)      Un livre exigeant, d'une sensibilité extrême (à l'image de son auteur, à n'en pas douter), qui ne se laisse ni lire, ni comprendre avec facilité. Et c'est justement ce qui fait tout son charme, de même qu'un trésor a d'autant plus de valeur qu'il est enfoui plus profondément.      Proust, on aime ou on n'aime pas, c'est épidermique... mais qu'on ne vienne pas me dire que ses phrases sont atroces !   </description>
		<pubDate>Sat, 03 Feb 2007 23:11:00 GMT</pubDate>
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