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21/12/2006

De l'art d'être une victime

David Abiker - Le mur des lamentations (merci Saint Nicolas !)

Etre victime de nos jours, c'est tout un business. David Abiker (vous savez, le chroniqueur d'Arrêt sur images et sur le Big Bang Blog, entre autres) s'invente un alter ego, Maouh, cadre supérieur, qui se découvre atteint d'un ... Le mot ne sera pas prononcé (ou plutôt écrit) avant une bonne moitié du récit, et l'endroit cocasse où il se situe ne sera jamais prononcé du tout, malgré de nombreuses allusions qui laissent peu de place au doute. Maouh (ou monsieur Maouh - c'est comme Calimero, voyez, sa dénomination est invariante), c'est donc un cadre supérieur, plutôt aisé, un peu ringard (et même parfois complètement tarte), qui se cache derrière les vitres de son 4x4 pour éviter le regard implorant des pauvres types qui mendient aux feux rouges. Bref, un parmi tant d'autres. Seulement lui, il a "Ca", cette maladie qui met tout son entourage en émoi - mais pas encore suffisamment à son goût. La victime que Maouh préfère, c'est lui-même. Alors Maouh va mettre en place tout un système pour se faire plaindre par le plus grand nombre.

A travers toutes les étapes de la maladie de Maouh (qui finit par guérir, rassurez-vous, le ton n'est pas au mélodrame larmoyant) DA dépeint les différentes sphères de la vie quotidienne du bonhomme et la manière dont elles sont affectées par sa maladie : sa vie de famille, sa vie de couple, ses relations avec sa coiffeuse, ses virées à la pharmacie... et le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est parfois franchement pittoresque. Le tout est assaisonné de petites réflexions sur à peu près tout (la société, les médias, la politique...), parfois bien amenées, mais parfois assujetties à des transitions terriblement artificielles (surtout vers la fin, ouille). Le tout tourne bien évidemment autour du thème de la victimisation et de ses différents aspects dans les domaines sus-cités. Ce n'est jamais d'une profondeur insondable, c'est parfois incompréhensible pour une marchande de nuages niveau bac+2 en sciences mais bac-12 en politique-sociologie-etc., ça peut être ambigu (difficile quand on n'est pas bien au courant de deviner ce qui relève de l'ironie et ce qui reflète réellement la pensée de monsieur Abiker) mais surtout, surtout, ça se lit tout seul. La plume de David Abiker est fluide et agréable, même si on a parfois l'impression que ses idées sont plus acérées que sa plume, justement. Le statut de victime dans notre société est analysé avec autant de légèreté que de pertinence, ce qui donne un cocktail assez surprenant, il faut bien l'avouer.

Pour finir, on ne saurait parler du Mur des lamentations sans évoquer le personnage qui, presque plus que Maouh, présente un réel intérêt et une réelle consistance : Guilhem, le jeune homme sans jambes que Maouh rencontre à l'hôpital. Le handicap est traité de façon originale, toute simple, souvent tourné en dérision, mais ne suscite jamais l'apitoiement. Guilhem est intelligent et drôle, c'est un jeune militant altermondialiste qui a de l'esprit et de l'énergie à revendre (mais le ton n'est pas moralisateur pour autant, c'est même là que, à mon avis, DA a réussi à être le plus juste, et à ne pas en faire trop alors que ça aurait pu être tentant).

Le mur des lamentations est un livre plein d'humour et grouillant d'idées qui partent un peu dans tous les sens, très divertissant mais qui manque peut-être un peu de profondeur. (Et dont la compréhension totale nécessite quelques prérequis que l'on a pas forcément à 18 ans, hum.)A lire quoi qu'il en soit, ne serait-ce que pour Guilhem !

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00:49 22/12/2006 - Jérémy

Je ne m'étais pas trompé, je prend toujours beaucoup de plaisir à te lire. :)

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