coin-lecture.com
AurynAvatar de Auryn36 billets | Profil Recherche Google

ce blog tous
AccueilBouquinsTrucs et bidulesConnexion
Archives

coin-lecture

10/02/2007

Attention, antiquité

La toute première critique littéraire de la marchande de nuages ! C'est émouvant... (et perfectible.)

Didier Decoin - Madame Seyerling

Antoine Dessangles, écrivain, a décidé de ne plus écrire. A cause d’un canard finlandais. Ou des feuilles de hêtre. Au fond, peu importe. Antoine veut se consacrer entièrement à sa collection d’après ; collection d’instants curieux, émouvants, parfois tristes, et même tragiques, qui suivent une situation, un événement, un moment de la vie. Avec une certaine allégresse, Antoine Dessangles ment. Il ment à sa femme, à son éditeur, à ses lecteurs. Personne ne connaît son secret. Une collection d’après ne se partage pas facilement.

Dans sa recherche d’après toujours « croustillants », Antoine sera fortement ébranlé par sa rencontre avec Madame Seyerling, vieille femme noire dont la fille a été exécutée pour meurtre.

D’un style tranchant, enlevé, Didier Decoin nous conte l’histoire d’un écrivain fatigué, mais à l’imagination toujours fertile, qui dans son for intérieur ne peut pas se résoudre à s’arrêter.

Grâce à de courtes phrases incisives, parfois nominales, Didier Decoin nous fait ressentir à merveille les émotions de son héros, que l’on ne peut s’empêcher d’assimiler à Decoin lui-même. L’auteur, du reste, ne nie pas la coïncidence.

A travers les yeux d’Antoine Dessangles, Didier Decoin dresse un portrait corrosif de notre société, sans se départir de sa sensibilité ni d’une certaine humanité.

Cette facilité déconcertante qu’il a de jongler entre ses différentes formes de discours, les nombreuses allusions à nos cinq sens, font du dernier ouvrage de Didier Decoin un roman avant tout plein d’émotions et de sentiments, qui ne laisse pas le lecteur insensible.

Espérons que Didier Decoin ne suivra pas l’exemple d’Antoine Dessangles, et ne cessera pas d’écrire avant longtemps.

LMDN, un beau jour de septembre 2002.

--------------------

4 ans et des poussières plus tard, qu'ajouter ? Pas grand chose, si ce n'est que certains passages de ce bouquin restent gravés dans ma mémoire comme des références, d'un point de vue purement esthétique. Oh ce n'est pas aussi complexe et rigoureux que Proust, pas aussi beau et fluide que Flaubert, mais il y a quelque chose, un je ne sais quoi qui fait mouche. Jugez par vous-même :

J'ai pris la décision de ne plus écrire en regardant un film finlandais, couleurs délavées, rythme lambin. C'était très tard, une nuit sur Arte. A un moment donné, dans ce film, une fermière attrape un canard. Lui allonge le cou sur une bûche, le décapite. Le canard se sauve en battant des ailes. La fermière indifférente. Des volutes de brume bleue comme des foulards bleus autour des sapins bleus sur les collines bleues. C'est très finlandais, tout ce bleu. En France, on aurait donné à la scène une dominante de rouge - non ? Le décapité fait le tour de la cour de ferme, se faufile sous une charrue. Baissant ce qui lui reste de cou comme s'il avait peur de se cogner la tête qu'il n'a plus. Esccalade un tas de purin, en redescend, toujours ses ailes battant follement, un bruit détestable de papillon énorme et répugnant sous un abat-jour genre parchemin. Se cogne contre un mur. Privé d'yeux, n'a pas vu l'obstacle. Ne comprend pas. S'obstine à vouloir passer quand même.Court à droite, court à gauche. Cherche une issue. Stupide et poignant. La basse-cour qui continue de vaquer à ses minables petites occupations : becqueter, chier, becqueter, chier. La fermière, les autres volatiles, le spectateur du film, tout le monde sait que le canard est mort. Pas lui, devant son mur qu'il arrose du sang giclant en fontaine de son cou, éclaboussant ce mur de petits idéogrammes rouges qui ne signifient rien.
Le syndrome du canard finlandais en littérature. Je suis un canard finlandais. La tête toujours vissée sur les épaules, tête d'écrivain avec encore pas mal d'allure sur les photos, mais il suffirait de la retourner comme un gant pour voir qu'à l'intérieur c'est une tête fripée, sèche et vide.
C'est comme les feuilles de hêtre. Je n'aime pas les feuilles de hêtre qui demeurent accrochées à l'arbre tout l'hiver. Tenaces, mais raides mortes. Insensibles au vent, à la pluie, à la neige, au soleil d'avril. Car elles sont toujours là en avril, crissantes, racornies, beige poussière, alors que tout le reste s'enhardit, enfilant ses petits doigts dans des gants de velours vert. Pourquoi ne tombent-elles pas comme les autres feuilles ? A quoi rime cette exhibition morbide ? Qu'est-ce que les hêtres essayent de prouver ? Si leurs feuilles étaient souples, charnues, vernissées comme celles des sapins, à la rigueur on pourrait avoir des pensées d'éternité. Mais devant cet étalage de momies plates, ces tranches de vieux jambon végétal, ces bouclettes desséchées, que faut-il penser ?
Ne pas insister, ne pas lasser. Les obstinés finissent par passer pour des obsédés. Trop d'écrivains sont des canards tronçonnés. Trop de romanciers des fuilles de hêtre. Trop de gens ne veulent pas finir. Moi si. Je n'écrirai plus.

Drôle de mise en abîme, un écrivain qui écrit qu'il n'écrira plus. Commencer son livre par l'affirmation qu'on n'écrira plus jamais, il fallait y penser.

Madame Seyerling se lit vite, facilement et avec plaisir, et rien que ça, c'est déjà énorme. Le genre de bouquins qu'on lit plus pour se distraire que pour construire des théories complexes sur le sens de la vie et tous ces trucs qui finissent par fatiguer, à la longue, parce qu'on n'y trouve jamais de réponse satisfaisante.

09/09/2010

Poster un commentaire

Pour pouvoir associer un pseudo à votre commentaire, il faut créer votre blog et que vous soyez connectés.



Ton commentaire est soumis aux conditions générales d'utilisation. Il est interdit de poster des commentaires racistes, injurieux, etc. Si un tiers porte plainte, ton adresse ip sera utilisée pour t'identifier.

Ce formulaire utilise la technologie javascript.