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04/06/2007

"Nous espérions faire un peu glisser vos rêves, vous comprenez ?"

Erik Orsenna - Dernières nouvelles des oiseaux

Avec un titre, un auteur et une illustration de couverture comme ceux-là, c'était difficile de résister.

C'est une histoire. Une histoire qui parle d'oiseaux, un peu. Pas beaucoup. Une histoire qui parle surtout d'enfants, en fait. Et aussi d'adultes. Une histoire avec des dessins à l'intérieur, et des bouts de phrases écrits en plus gros, sûrement ceux qui revêtent une importance particulière, ceux qui sonnent le mieux, ceux dont l'auteur était le plus fier. Ecrire est un acte terriblement narcissique, quand on y pense. Et même quand on n'y pense pas.

Bref, bref, bref. Résumons, en tâchant de ne pas trop spoiler. Une histoire d'enfants, avec des oiseaux et des adultes. Ah oui, et une île. Bien, maintenant que le décor est planté, plus qu'à orner tout ce beau monde d'adjectifs qualificatifs et de subordonnées relatives. Des enfants qui ont une passion plus ou moins loufoque et qui ne pensent qu'à elle à longueur de journée. Des oiseaux... oisifs ? oiseux ? oiseleurs ? Bref, des oiseaux qui sont des oiseaux, mais en mieux. Des adultes, surtout deux, plutôt cocasses, très colorés, finalement beaucoup plus amusants que les adultes d'ici. Et puis une île... déserte. Vous avez déjà vu une histoire avec une île pas déserte, vous ? Bien. Toujours pas clair, ce résumé ? Ajoutons-lui des verbes, alors. Des enfants qui ont chacun une passion se retrouvent propulsés sur une île déserte par des adultes cocasses où ils seront épiés par des oiseaux. Nouzyvoilà. Notons que les oiseaux, malgré les apparences, ne jouent qu'un rôle mineur dans toute cette histoire. Quoique... Pas tout à fait.

Toujourzétil que lesdits enfants, absorbés qu'ils sont par leur passion, ne prêtent pas la moindre attention les uns aux autres. (Il faut préciser aussi que l'île n'est pas tout à fait déserte, elle dispose d'équipements tout à fait salubres et d'ateliers permettant aux enfants de s'adonner à leur marotte.) Ce que veut nous expliquer l'auteur avec un didactisme fort louable mais fortement appuyé, c'est que les passions isolent. Et parfois, les circonstances font que l'on est obligé de sortir de son isolement, et de mettre en commun les talents des uns et des autres pour se sortir d'une situation fâcheuse. Comme une tempête qui aurait coupé tout moyen de communication, par exemple ! Et c'est alors que commence une belle histoire d'entraide et d'amitié et... ah, non, pardon, pas tout de suite. Au début, c'est dur de s'entendre, surtout quand on a l'habitude de rester chacun dans son coin. Mais petit à petit, cahin caha, bon gré mal gré, bon an mal an (etc.) le projet prend forme et se développe, sous la houlette des deux adultes qui surveillent tout ce petit monde (bah oui ils les avaient pas lâchés tout seuls dans la nature les pauvres gosses quand même !) Il est donc temps de vous parler de ces deux adultes. La première, Mme McLennan, c'est un miracle ambulant. Elle joue du piano et porte des superpositions de vêtements de toutes les couleurs. Vous n'avez pas besoin d'en savoir plus. Le deuxième, Sir Alex, est un ancien entraîneur de foot malicieux et plein de ressources. Là aussi, inutile d'en dire plus.

Voilà voilà. A priori, rien de bien folichon, c'est très cliché et très rabâché tout ça, et puis la morale un peu gentillette suinte âprement. Et bien, oui. Mais l'auteur s'appelle Eirk Orsenna. Voilà. Erik Orsenna. La grammaire est une chanson douce (livre qu'il est criminel de ne pas avoir lu alors qu'on l'a sous le nez dans sa bibliothèque, petit rappel pour certains), Les chevaliers du subjonctif... Erik Orsenna, quoi. Cet auteur capable de vous transformer (presque) n'importe quelle historiette en une belle histoire remplie de poésie, de magie, de charme, de fantaisie et de douceur. C'est fou ce qu'on peut faire avec des mots, il suffit de bien les agencer entre eux, et quand on trouve exactement le bon agencement, ça fait comme de la magie, ça transforme la citrouille en carosse, et la petite histoire tristounette en conte de fées. Pour autant, il serait malhonnête de dire que Dernières nouvelles des oiseaux est le meilleur ouvrage d'Orsenna. Trop gnangnan pour pouvoir prétendre à ce titre. Et puis le procédé narratif bizarroïde (mi-omniscient, mi-interne), même s'il est justifié à la fin, est un peu dérangeant. Mais le tout est parsemé de jolies petites envolées lyriques fantastiques fantaisistes, et les dessins qui ponctuent le récit sont un régal pour les yeux.

Finalement, ce qui sauve cette histoire, c'est son côté totalement à côté de la plaque, un pied dans le réel, l'autre dans le merveilleux, cette juxtaposition de rêve et de pragmatisme, et cette gaieté qui transpire de partout, aussi. Merci Mme McLennan. Alors, un conseil : pour lire ce livre, laissez-vous aller au plaisir des mots et du rêve, et passez outre le côté moralisateur un peu facile. Ca vaut le coup de faire l'effort, malgré tout.

Un livre qui donne envie... de voler. Mais pas seulement.

 

Je m'aperçois qu'il y a encore des milliers de choses à dire sur ce bouquin... Mais il faut s'avoir s'arrêter, parfois. Surtout quand l'heure de la visite du marchand de sable approche...

09/09/2010

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